Douleur périnéale après l'accouchement : des ventouses sèches au bas du dos font mieux que l'acupression
Akbarzade M, Ghaemmaghami M, Yazdanpanahi Z et al. ·Journal of Reproduction & Infertility, · Iran
L'étude en bref
- Titre original
- Comparison of the Effect of Dry Cupping Therapy and Acupressure at BL23 Point on Intensity of Postpartum Perineal Pain Based on the Short Form of McGill Pain Questionnaire.
- Journal
- Journal of Reproduction & Infertility, 2016
- Population
- 150 femmes de 18 à 40 ans, vues 4 à 8 heures après un accouchement par voie basse
- Sujets
- douleur périnéale post-partum
- Source
- PubMed 26962482
- Accès
- Texte intégral en libre accès
En une phrase
Essai iranien sur 150 jeunes mères : la ventouse sèche posée en lombaire réduit la douleur périnéale de 37,5 à 3,8 points au questionnaire de McGill.
Citation : Akbarzade M, Ghaemmaghami M, Yazdanpanahi Z, et al. « Comparison of the Effect of Dry Cupping Therapy and Acupressure at BL23 Point on Intensity of Postpartum Perineal Pain Based on the Short Form of McGill Pain Questionnaire. » Journal of Reproduction & Infertility, 2016. Lire l’original
Ce que l’étude a cherché à savoir
La douleur périnéale touche la grande majorité des femmes dans les jours qui suivent un accouchement par voie basse : les auteures rappellent qu’environ 63 % des accouchements vaginaux s’accompagnent d’une lésion périnéale, entre déchirures et épisiotomies, et qu’une Canadienne sur cinq rapporte une gêne encore dix jours après. Cette douleur gêne la position assise, la marche, la miction, l’allaitement, et elle peut déboucher sur des rapports douloureux jusqu’à plus d’un an après l’accouchement.
À l’hôpital Hafez de Shiraz, une équipe de sages-femmes et de pharmacie traditionnelle a voulu comparer deux options non médicamenteuses sur cette douleur : la ventouse sèche et l’acupression, appliquées toutes deux au même point lombaire, BL23.
Comment ils s’y sont pris
Essai clinique randomisé mené en 2012 dans l’unité post-partum de l’hôpital, enregistré au registre iranien des essais cliniques (IRCT 2013072611944N2). Sur 182 candidates, 150 femmes de 18 à 40 ans ont été réparties en trois groupes de 50 : ventouse, acupression, témoin sans intervention.
Détail qui change tout : les ventouses ne sont jamais posées sur la zone douloureuse. La patiente est allongée à plat ventre et trois à quatre ventouses en verre de 75 à 120 mm de diamètre sont placées sur BL23, un point situé de part et d’autre de la deuxième vertèbre lombaire. L’aspiration est obtenue à chaud, la pose dure de 10 à 20 minutes selon la couleur de la marque laissée, et les séances se répètent un jour sur deux, jusqu’à trois fois. Dans le groupe acupression, la chercheuse presse le même point au pouce pendant une vingtaine de minutes, selon un protocole en rotations alternées. L’intensité de la douleur est cotée par le questionnaire de McGill forme courte avant l’intervention, juste après, à 24 heures puis à deux semaines.
Ce qu’ils ont trouvé
L’écart apparaît dès la fin de la première séance. Le score de douleur du groupe ventouse tombe de 37,5 points en moyenne avant intervention à 11,1 juste après, puis 6,9 à 24 heures et 3,8 à deux semaines. Le groupe acupression suit la même pente mais moins bas : 22,6 immédiatement, 15,3 à 24 heures, 10,4 à deux semaines. Le groupe témoin descend aussi, de 34,7 à 26,4 puis 11,6 : la douleur périnéale se résorbe en partie toute seule, mais les deux groupes traités restent nettement en dessous à chaque mesure, avec des différences significatives (p < 0,001).
Les sous-scores racontent la même histoire. La dimension sensorielle du questionnaire passe de 27,6 à 2,7 dans le groupe ventouse à deux semaines, contre 25,8 à 8,8 chez les témoins. La dimension émotionnelle tombe de 10,1 à 1,6 contre 9,3 à 2,9. Une subtilité : dans le groupe ventouse, le score émotionnel remonte très légèrement entre 24 heures et deux semaines (1,5 puis 1,6), ce que les auteures attribuent à l’arrêt du contact régulier avec la thérapeute après la dernière séance.
Les limites de cette étude
Pas de placebo ni de fausse ventouse, les auteures le reconnaissent et appellent elles-mêmes à des essais mieux contrôlés. Le groupe témoin n’a reçu aucune attention : une part de l’effet peut donc venir du rituel de soin et de la présence. Ventouse et acupression ciblent le même point, donc la comparaison oppose surtout deux doses de stimulation plutôt que deux mécanismes tranchés. Et l’affirmation d’une « première » en gynécologie, avancée dans la discussion, est à prendre avec recul. Enfin, l’écart-type du score initial du groupe ventouse diffère entre le résumé (6,8) et le tableau (10,8), petite incohérence de reporting.
Verdict : favorable, preuve modérée
Cent cinquante femmes, trois bras, un enregistrement d’essai et un suivi à deux semaines : pour la littérature ventouse post-partum, c’est un essai bien doté. La guérison naturelle rapide de la douleur périnéale rogne une partie du mérite attribuable à la technique, mais l’écart persistant à deux semaines plaide pour un vrai effet. Favorable.
Mon regard de terrain (Ludovic Dumay)
Ce que je retiens d’abord : personne ne pose de ventouse sur le périnée. Tout se fait à distance, au bas du dos, sur un point que la tradition chinoise relie aux fonctions pelviennes. C’est exactement l’approche que j’enseigne quand la zone douloureuse est fragile ou difficile d’accès : on travaille les reliefs lombaires et sacrés plutôt que le site lui-même. Le résultat en faveur de la ventouse sur l’acupression au même point colle avec ce que je constate : la dépression soutenue mobilise le tissu autrement qu’une pression de pouce. Une précaution de contexte tout de même : en France, le suivi post-partum et la douleur périnéale relèvent de la sage-femme ou du médecin, et cette étude décrit un geste réalisé en milieu hospitalier iranien. En cabinet de bien-être, ce n’est pas une indication à reproduire telle quelle.
Pour aller plus loin
- Dysménorrhée : la ventouse statique en lombaire : un autre essai où le bas du dos sert la douleur pelvienne
- Thérapies de médecine chinoise autour du post-partum et de la lactation : ce que dit la méta-analyse
- Ventouses du dos : guide complet : points, zones et protocoles en pratique
La ventousothérapie est une pratique de bien-être complémentaire : elle ne se substitue pas à un avis médical. Cette fiche résume une étude scientifique ; elle ne constitue pas une recommandation de traitement.
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