Lombalgie du post-partum : la ventouse sèche sur BL23 fait chuter la douleur en quatre séances
Akbarzadeh M, Ghaemmaghami M, Yazdanpanahi Z et al. ·International Journal of Community Based Nursing and Midwifery, · Iran
L'étude en bref
- Titre original
- The Effect Dry Cupping Therapy at Acupoint BL23 on the Intensity of Postpartum Low Back Pain in Primiparous Women Based on Two Types of Questionnaires, 2012; A Randomized Clinical Trial.
- Journal
- International Journal of Community Based Nursing and Midwifery, 2014
- Population
- 100 primipares de 18 à 40 ans, vues en suites de couches à la maternité
- Sujets
- lombalgie post-partum, douleur lombaire
- Source
- PubMed 25349852
- Accès
- Texte intégral en libre accès
En une phrase
Essai randomisé iranien, 100 primipares : quatre séances quotidiennes de ventouse sèche sur le point lombaire BL23 ramènent la douleur de 7,8 à 1,4 sur l'EVA en deux semaines.
Citation : Akbarzadeh M, Ghaemmaghami M, Yazdanpanahi Z, et al. « The Effect Dry Cupping Therapy at Acupoint BL23 on the Intensity of Postpartum Low Back Pain in Primiparous Women Based on Two Types of Questionnaires, 2012; A Randomized Clinical Trial. » International Journal of Community Based Nursing and Midwifery, 2014. Lire l’original en libre accès
Ce que l’étude a cherché à savoir
La lombalgie accompagne la grossesse chez une femme sur deux, parfois quatre sur cinq selon les séries. Elle persiste après l’accouchement chez 35 % des mères le premier mois, puis s’éteint spontanément dans la plupart des cas avant six mois. Sauf chez celles où elle s’installe. Or la jeune mère qui allaite a peu de marges médicamenteuses, et beaucoup renoncent à consulter en considérant ce mal comme une suite logique de la maternité.
L’équipe de sages-femmes de l’université de Shiraz, en Iran, a testé la ventouse sèche sur le point Shenshu (BL23), situé de part et d’autre de la deuxième vertèbre lombaire. En médecine chinoise, c’est le point phare de la « région des reins » et des douleurs du bas du dos. Les auteures présentent ce travail comme le premier essai clinique de ventouse dans les affections gynécologiques mené en Iran.
Comment ils s’y sont pris
Essai randomisé à la maternité de l’hôpital Hafez de Shiraz en 2012, avec accord du comité d’éthique. Cent primipares de 18 à 40 ans, sans fracture vertébrale, hernie discale, inflammation aiguë ni thrombose, réparties en deux groupes de 50 par table de nombres aléatoires.
Le protocole était bref et intensif : une séance quotidienne de ventouse sèche sur BL23, quatre jours de suite, commencée au moins huit heures après l’accouchement, à l’hôpital. La peau était désinfectée, des ventouses de 75 et 100 mm de diamètre posées sur la zone, et le vide créé à la flamme par un coton imbibé d’alcool, la technique classique dite « à feu ». Le corps de l’article indique une pose de 5 à 15 minutes par séance, le résumé parle de 15 à 20 minutes. Le groupe témoin recevait les soins de routine, avec orientation vers un spécialiste en cas de douleur sévère.
La douleur était cotée sur l’échelle visuelle analogique (EVA, 0 à 10) et sur la forme courte du questionnaire de McGill, 15 items dont 11 sensoriels et 4 émotionnels, avant l’intervention, juste après, à 24 heures puis à deux semaines.
Ce qu’ils ont trouvé
Les deux groupes partaient à égalité : EVA de 7,8 contre 7,6, McGill à 31,8 dans chaque bras. Puis les courbes se séparent brutalement.
Sur l’EVA, le groupe ventouse passe de 7,8 à 3,7 immédiatement après la cure, 2,5 à 24 heures et 1,4 à deux semaines. Le témoin descend de son côté à 6,4, puis 5,0 et 3,7 : la guérison naturelle du post-partum joue, mais le ventouse garde plus de deux points d’avance à chaque suivi (p = 0,001 à deux semaines).
Le questionnaire de McGill creuse le même écart, en plus spectaculaire : 31,8 avant la cure, puis 9,0, 7,5 et 3,6 dans le groupe ventouse, contre 29,2, 21,7 et 14,0 dans le groupe contrôle. À quinze jours, la douleur mesurée par McGill est donc quatre fois plus basse chez les femmes traitées. L’analyse en mesures répétées confirme une différence significative entre les étapes de suivi (p = 0,01).
Les limites de cette étude
Pas de groupe sham : impossible de simuler une pose de ventouse, et les participantes savaient ce qu’elles recevaient. Une part de l’effet tient au contexte, à l’attention portée, au rituel de la séance. Le recrutement en échantillonnage ciblé, dans une seule maternité, limite aussi la portée.
La guérison spontanée complique la lecture : le groupe témoin a perdu plus de la moitié de sa douleur en quinze jours sans rien recevoir, c’est la nature du post-partum. La supériorité de la ventouse reste large, mais l’étude ne dit rien au-delà de deux semaines. Autre détail d’écriture : la durée de pose diffère entre le résumé et le protocole détaillé, signe d’un rapportage un peu lâche. Et cette équipe de Shiraz a publié plusieurs déclinaisons du même programme BL23 post-partum ; les lecteurs attentifs retrouveront des données proches dans la version à trois bras parue en 2017.
Verdict : favorable, preuve modérée
Randomisation propre, 100 participantes, deux questionnaires validés, mesures répétées jusqu’à deux semaines et un effet large sur les deux échelles : pour une technique corporelle testée en suites de couches, c’est du travail solide. Modérée et pas forte, parce que l’absence de sham et l’évolution naturelle de la douleur empêchent d’attribuer tout l’écart à la dépression elle-même. Ce dossier BL23 post-partum de Shiraz compte parmi les mieux documentés de la ventouse sèche.
Mon regard de terrain (Ludovic Dumay)
Le post-partum est le terrain où la ventouse sèche prend tout son sens : une femme qui allaite ne veut pas empiler les antalgiques, les lombaires portent le prix de neuf mois de lordose, et BL23 est précisément le point que je mobilise quand une jeune mère arrive avec le dos bloqué. Le protocole est doux : poses courtes, quatre séances, rien d’agressif.
Deux remarques honnêtes. D’abord, le rythme : quatre jours de suite, c’est intensif. Je préfère espacer les séances pour laisser la peau respirer entre les poses, surtout en début de parcours quand on ne connaît pas encore la réactivité de la patiente. Ensuite, la succion à la flamme : le principe physique est le même que mes ventouses pneumatiques, mais la pompe me donne un contrôle fin de la dépression que le feu ne permet pas. Sur une zone aussi sensible qu’un dos de suites de couches, ce contrôle compte. Ce qui me plaît ici, c’est l’honnêteté du dessin : un vrai groupe sans traitement qui montre que la nature guérit déjà, et la ventouse qui fait nettement mieux quand même.
Pour aller plus loin
- Ventouse sèche contre acupression sur la lombalgie post-partum : la suite du même programme de Shiraz, avec un troisième bras d’acupression
- Douleur périnéale post-partum : ventouses lombaires au bas du dos : la même équipe teste BL23 sur une autre douleur des suites de couches
- Ventouses sèches : le guide : comprendre la technique utilisée dans cette étude
La ventousothérapie est une pratique de bien-être complémentaire : elle ne se substitue pas à un avis médical. En cas de douleur persistante après l’accouchement, consultez votre médecin ou votre sage-femme. Cette fiche résume une étude scientifique ; elle ne constitue pas une recommandation de traitement.
Fiches liées
Lombalgie du post-partum : la ventouse sèche réduit la douleur plus fortement que l'acupression
Gynécologie & fertilité · Journal of Family & Reproductive Health, 2017
Douleur périnéale après l'accouchement : des ventouses sèches au bas du dos font mieux que l'acupression
Gynécologie & fertilité · Journal of Reproduction & Infertility, 2016
Douleur pelvienne chronique : la ventouse sur points neurogéniques fait baisser la CRP
Gynécologie & fertilité · Journal of Musculoskeletal & Neuronal Interactions, 2021
Infertilité SOPK : la mindfulness bat la ventouse sur la qualité de vie
Gynécologie & fertilité · International Journal of Community Based Nursing and Midwifery, 2024
Vous souhaitez apprendre la ventousothérapie ?
Formation 45h en visioconférence, 11 référentiels, cours particuliers.
S'inscrire à la formation