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COVID-19 modérée à sévère : acupuncture ou ventouse face aux soins standards

Alipour R, Jamalimoghadamsiahkali S, Karimi M et al. ·Integrative Medicine Research, · Iran

FavorablePreuve modéréeEssai contrôlé randomiséProtocole combiné

L'étude en bref

Titre original
Acupuncture or cupping plus standard care versus standard care in moderate to severe COVID-19 patients: An assessor-blinded, randomized, controlled trial.
Journal
Integrative Medicine Research, 2022
Population
patients hospitalisés COVID-19 modérés à sévères sous traitement conventionnel
Sujets
covid-19, hypoxemie, dyspnee
Accès
Texte intégral en libre accès

En une phrase

ECR iranien à 3 bras, 139 hospitalisés : la ventouse améliore SpO2 et rythme respiratoire dès le jour 3, raccourcit le séjour à 3,8 jours contre 10,4 sous soins seuls.

Citation : Alipour R, Jamalimoghadamsiahkali S, Karimi M, et al. « Acupuncture or cupping plus standard care versus standard care in moderate to severe COVID-19 patients: An assessor-blinded, randomized, controlled trial. » Integrative Medicine Research, 2022. Lire l’original · DOI : 10.1016/j.imr.2022.100898

Ce que l’étude a cherché à savoir

Pendant la pandémie, l’équipe de médecine traditionnelle de Téhéran a mené le plus grand essai randomisé sur la ventouse dans la COVID-19 hospitalisée, avec un luxe rare : un bras ventouse séparé du bras acupuncture. Trois groupes, trois voies, tous sous traitement conventionnel.

La question était clinique et grave : sur des patients modérés à sévères, ajouter la ventouse aux soins standards change-t-il la saturation en oxygène, la fréquence respiratoire, la durée d’hospitalisation, et les issues lourdes comme le passage en réanimation ?

Comment ils s’y sont pris

Trois cent sept patients évalués, 139 randomisés entre février et mai 2021 : 43 vers l’acupuncture, 45 vers la ventouse, 46 vers le contrôle sous soins seuls. Ont terminé l’essai 42, 44 et 42 patients respectivement. Évaluateur et analyste en aveugle ; les patients et les opérateurs, évidemment, ne l’étaient pas.

Le protocole ventouse mêlait technique chinoise et médecine persane : ventouse chaude retenue une minute sur le point Vessie 13 (paravertébral, sous le processus épineux de la troisième vertèbre thoracique), puis ventouse glissée sur les régions paravertébrales et pulmonaires pendant cinq minutes, vaseline comme lubrifiant. Ventouse en verre de 5 cm d’ouverture et 8 cm de hauteur, dépression de 10 à 15 mmHg créée à la flamme. Patient assis ou en décubitus latéral, trois séances par jour pendant 3 à 7 jours selon la durée d’hospitalisation.

Critère principal : SpO2 et fréquence respiratoire. Critères secondaires : durée d’hospitalisation, admissions en soins intensifs, intubations, décès jusqu’à jour 30, et une batterie de symptômes cotés.

Ce qu’ils ont trouvé

La SpO2 du groupe ventouse passe de 85,19 % à 94,02 % au jour 3 et 96,72 % au jour 7. Le groupe contrôle stagne : 87,83 % au départ, 87,5 % au jour 3, 87,61 % au jour 7. La fréquence respiratoire suit le même schéma : 21,35 cycles par minute sous ventouse au jour 3 puis 13,3 au jour 7, contre 24,81 et 21,81 sous soins seuls.

La durée d’hospitalisation frappe le plus : 3,82 jours en moyenne dans le groupe ventouse, 4,24 jours sous acupuncture, 10,4 jours sous soins standards. Soit près de 6,6 jours gagnés pour le bras ventouse. Sur les issues graves, le tableau est net : zéro admission en soins intensifs, zéro intubation, zéro décès dans le groupe ventouse, contre 13 passages en réanimation (31 %) et 8 intubations ou décès (19 %) dans le groupe contrôle. Deux patients du groupe acupuncture ont été admis en soins intensifs.

Tous les symptômes cotés, de la dyspnée à l’oppression thoracique en passant par la toux sèche, déclinent plus vite dans les deux bras d’intervention que sous soins seuls, avec des différences qui restent significatives jusqu’au jour 7.

Les limites de cette étude

Les résultats sont presque trop beaux, et les déséquilibres de départ le confirment : le groupe ventouse partait avec une SpO2 significativement plus basse que le contrôle (85,19 contre 87,83 %, p = 0,013), et la durée des symptômes avant admission différait entre les groupes (p = 0,026). La trajectoire du groupe contrôle interpelle : une saturation qui reste figée à 87 % pendant une semaine sous traitement standard est inhabituelle.

Pas de double aveugle possible, patients hospitalisés pendant une période où les protocoles évoluaient, et un contexte iranien où la médecine traditionnelle est intégrée à l’hôpital, ce qui change l’attitude des équipes comme des patients. L’écart observé est immense ; c’est précisément ce qui invite à le vérifier ailleurs avant d’y croire complètement.

Verdict : favorable, preuve modérée

Le seul ECR de cette taille avec un bras ventouse isolé dans la COVID hospitalisée, et des mesures objectives : SpO2, fréquence respiratoire, durées, issues graves. Favorable. La modération tient aux déséquilibres initiaux et à l’ampleur des écarts, difficile à attribuer à la seule ventouse.

Mon regard de terrain (Ludovic Dumay)

Cette étude vient de la même équipe que la série de huit cas en réanimation, on reconnaît le protocole : point Vessie 13 en fixe une minute puis glissement paravertébral cinq minutes. C’est une zone que je travaille souvent sur les tensions respiratoires banales, et la logique du geste me parle. Ce qui ne me convainc pas complètement : le groupe contrôle qui n’avance pas d’un point de saturation en sept jours, ce n’est pas ce qu’on attend de patients sous oxygène et corticoïdes. Et zéro passage en réa contre 13, c’est un écart que je prends avec beaucoup de mesure. Chez moi la ventouse reste une pratique de confort et de tension musculaire, je ne la ferais jamais passer pour un traitement respiratoire. Mais ce document montre qu’ailleurs, elle a droit de cité à l’hôpital, et qu’on peut la doser proprement en écrivant 10 à 15 mmHg au lieu de « aspirer un peu ».

Pour aller plus loin


La ventousothérapie est une pratique de bien-être complémentaire : elle ne se substitue pas à un avis médical. Cette fiche résume une étude scientifique ; elle ne constitue pas une recommandation de traitement.

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