Hépatite C en Libye : la hijama humide apparaît comme facteur de risque de transmission
Khalaf AA, BenDarif ET, Gibreel TM et al. ·Journal of Infection in Developing Countries, · Libye
L'étude en bref
- Titre original
- Seroprevalence and associated risk factors of HBV and HCV infections in the population of Ghudduwah Village, South Libya
- Journal
- Journal of Infection in Developing Countries, 2025
- Population
- 352 habitants du village de Ghudduwah, Libye
- Sujets
- hepatite-c, hepatite-b
- Source
- PubMed 39977475 · DOI
- Accès
- Texte intégral en libre accès
En une phrase
Étude transversale de 352 habitants du village de Ghudduwah : la hijama humide est associée significativement au VHC (p = 0,0001), signal de transmission documenté.
Citation : Khalaf AA, BenDarif ET, Gibreel TM, et al. « Seroprevalence and associated risk factors of HBV and HCV infections in the population of Ghudduwah Village, South Libya. » Journal of Infection in Developing Countries, 2025. Lire l’original · DOI : 10.3855/jidc.20088
Ce que l’étude a cherché à savoir
Les hépatites B et C restent des problèmes de santé publique majeurs en Libye, surtout dans le sud. Une équipe a voulu mesurer la prévalence et identifier les facteurs de risque de transmission dans un village du sud, en testant les pratiques traditionnelles comme la hijama humide.
Comment ils s’y sont pris
Étude transversale sur 352 habitants de Ghudduwah, entre avril et octobre 2018. Questionnaire standardisé sur les caractéristiques socio-démographiques et les facteurs de risque suspects : transfusion, traitement dentaire, hijama humide. Sérologie complète : HBsAg, HBcAb, HBeAg, HBeAb, HBsAb et anticorps anti-VHC.
Ce qu’ils ont trouvé
Prévalences : HBsAg 2,8 %, HBcAb 21 %, anti-VHC 22,4 %. Les hommes sont plus touchés sur les trois marqueurs. Les facteurs de risque significatifs pour le VHC : transfusion sanguine (p = 0,037), traitement dentaire (p = 0,0001), antécédent familial d’hépatite (p = 0,05), et la hijama humide (p = 0,0001). La hijama ressort comme le facteur de transmission le plus fortement associé, au même niveau que le traitement dentaire.
Le village est classé en zone de forte endémicité pour le VHC.
Les limites de cette étude
Association, pas causalité : l’étude est transversale, elle établit un lien statistique mais ne prouve pas le sens de la transmission. La hijama humide n’est pas isolée comme pratique : elle coexiste avec d’autres facteurs dans un contexte où les normes d’hygiène varient. Et l’étude porte sur une branche précise, la humide, qui implique scarification et effraction cutanée : la ventouse sèche n’est pas concernée par ce mécanisme.
Verdict : défavorable, preuve modérée
La hijama humide est un facteur de risque documenté de transmission du VHC dans ce village libyen, avec une association très forte (p = 0,0001). Défavorable sur la sécurité de la branche humide, qui confirme pourquoi la ventouse sèche seule est enseignée.
Mon regard de terrain (Ludovic Dumay)
Cette étude, je l’utilise en formation pour expliquer pourquoi je n’enseigne que la sèche. La hijama humide implique une scarification, donc une effraction cutanée, donc un risque infectieux si l’hygiène n’est pas irréprochable. Le chiffre est parlant : p = 0,0001, c’est au niveau du traitement dentaire comme facteur de transmission. En France ou au Québec, ce contexte ne s’applique pas à ma pratique : je ne scarifie pas. Mais l’existence du risque documenté justifie la ligne que je tiens : ventouse sèche uniquement, peau saine obligatoire, matériel décontaminé. Ce n’est pas de la peur, c’est de la précaution.
Pour aller plus loin
- Hijama humide vs ventouse sèche : le cadre légal : pourquoi la sèche seule
- Contre-indications et précautions des ventouses : les règles d’hygiène
- Endocardite à Acinetobacter après ventouse : l’autre cas d’infection
La ventousothérapie est une pratique de bien-être complémentaire : elle ne se substitue pas à un avis médical. La hijama humide (scarification) est un acte distinct de la ventouse sèche et relève d’un cadre médical. Cette fiche résume une étude épidémiologique ; elle ne constitue pas une recommandation de traitement.
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