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article scientifique

Ventouse vs anti-inflammatoires : l'étude qui change la donne

Ludovic Dumay·

On entend souvent dire que la ventouse soulage le mal de dos, mais sans preuve solide. Voilà qui change avec une étude multicentrique publiée dans le Journal of Integrative Medicine en janvier 2024. Pour la première fois, une équipe chinoise a comparé directement la ventouse au diclofénac, l’anti-inflammatoire de référence, sur 156 patients souffrant de lombalgie chronique. Je pratique la ventousothérapie depuis plus de quinze ans et j’enseigne cette discipline : quand une étude de cette qualité sort, je la lis en détail. Voici ce qu’elle dit, chiffres à l’appui.

Quelle étude, quels patients, quel protocole ?

L’étude de He et al. (2024) est un essai clinique randomisé multicentrique qui a recruté 156 patients souffrant de lombalgie chronique non spécifique, répartis en deux groupes équivalents. Le protocole s’est déroulé dans trois hôpitaux chinois entre janvier et décembre 2022, sous l’égide du First Affiliated Hospital of Naval Medical University.

Deux groupes, un seul comparateur :

  • Groupe test (ventouse + scraping) : traitement par ventouse et scraping avec un dispositif médical et un baume médicamenteux, deux séances sur une semaine.
  • Groupe contrôle (diclofénac + patch capsaïcine) : diclofénac à libération prolongée en oral, plus un patch de capsaïcine appliqué sur la zone douloureuse, pendant sept jours.

Le choix du comparateur est ce qui rend cette étude intéressante. On ne compare pas la ventouse à un placebo ou à l’attente. On la compare à un traitement médicamenteux de référence, celui que la plupart des patients reçoivent en première intention quand ils consultent pour un mal de dos chronique.

Référence scientifique

He JY, Tu XY, Yin ZF, et al. Short-term effects of cupping and scraping therapy for chronic nonspecific low-back pain: A prospective, multicenter randomized trial. Journal of Integrative Medicine, 2024; 22(1): 39-45. DOI: 10.1016/j.joim.2024.01.004. Enregistrement: ChiCTR2200055655.

Quels résultats pour la ventouse contre le diclofénac ?

La ventouse associée au scraping a surpassé le diclofénac sur les trois critères mesurés, avec une significativité statistique forte (p<0,001) et aucun effet indésirable déclaré. Les patients du groupe ventouse ont présenté des scores de douleur (VAS) plus bas, des scores fonctionnels (JOA) plus élevés et des scores de symptômes MTC (TCMS) réduits par rapport au groupe sous anti-inflammatoires.

Les trois échelles utilisées :

  • VAS (Visual Analogue Scale) : échelle de douleur de 0 à 10. Le groupe ventouse a montré une réduction significativement plus importante que le groupe diclofénac.
  • JOA (Japanese Orthopedic Association) : évaluation fonctionnelle du bas du dos. Score plus élevé dans le groupe ventouse, indiquant une meilleure récupération fonctionnelle.
  • TCMS (TCM Syndrome Integral Scale) : score symptomatologique selon les critères de la médecine traditionnelle chinoise. Réduction plus marquée dans le groupe ventouse.
Point clé

Sur 156 patients randomisés, la ventouse + scraping a battu le diclofénac oral sur la douleur, la fonction et les symptômes, en une seule semaine, sans aucun effet indésirable déclaré.

Un détail qui compte : l’analyse par régression linéaire multivariée a montré que la douleur résiduelle (VAS) était corrélée à l’âge, au statut marital, au tabagisme et à l’indice de masse corporelle. En clair, la ventouse ne fait pas miracle chez tout le monde, mais elle fonctionne en moyenne mieux que l’AINS, et les facteurs individuels influencent la réponse.

Pourquoi la ventouse fonctionne-t-elle sur le mal de dos chronique ?

La ventouse agit sur le mal de dos par plusieurs mécanismes : décompression myo-fasciale, augmentation du flux sanguin local, modulation des médiateurs inflammatoires et stimulation de la microcirculation. L’étude de 2024 ne démontre pas ces mécanismes directement, mais les résultats cliniques s’inscrivent dans un corpus cohérent.

Dans la logique de la médecine traditionnelle chinoise, la lombalgie chronique de type froid-humidité se caractérise par une douleur froide, lourde, aggravée par le froid et l’humidité, avec une raideur matinale. La ventouse, en créant une pression négative sur la zone lombaire, “disperse le froid et l’humidité” selon le vocabulaire MTC. En termes biomécaniques, elle décolle les plans fasciaux, augmente la perfusion tissulaire et réduit la tension musculaire parasympathique.

Petite parenthèse : le scraping (gua sha) n’est pas une technique accessoire. Il complète la ventouse en travaillant le long des méridiens, avec un effet de microtraumatisme contrôlé qui déclenche une réponse anti-inflammatoire locale. L’association des deux n’est pas anecdotique, c’est un protocole codifié.

La ventouse a-t-elle des effets secondaires ?

Dans cette étude, aucun effet indésirable n’a été rapporté parmi les 156 participants, contre les risques connus des AINS en usage prolongé (troubles gastiques, cardiovasculaires, rénaux). C’est un argument qui pèse quand on parle de douleur chronique, où les traitements s’étalent sur des mois, voire des années.

Les marques circulaires laissées par les ventouses ne sont pas un effet indésirable. Ce sont des ecchymoses superficielles, réponse normale à la pression négative, qui se résorbent en trois à sept jours. En formation, je vois régulièrement des stagiaires s’inquiéter de ces marques : elles font partie du processus thérapeutique, pas d’un effet secondaire.

Que disent les autres études sur la ventouse et le mal de dos ?

Une méta-analyse récente publiée dans Complementary Therapies in Medicine (Zhang et al., 2024) a regroupé 11 essais cliniques et 921 participants, concluant que la ventouse améliore significativement la douleur lombaire à court terme (d=1,09, p=0,004) avec un niveau de preuve élevé. L’effet est moins net à long terme, ce qui suggère que la ventouse est un outil de phase aiguë et subaiguë, à intégrer dans une stratégie globale.

Une autre méta-analyse, publiée dans BMJ Open en 2025 (Jia et al.), a porté sur la douleur musculosquelettique chronique au sens large. Elle a trouvé un effet significatif sur l’intensité douloureuse (SMD=-1,17, p=0,002) avec une qualité de preuve modérée. En revanche, pas d’effet significatif sur l’incapacité fonctionnelle ni sur la santé mentale. Nuance importante : la ventouse agit sur la douleur, pas sur tout.

Je développe ces éléments plus en profondeur dans mon guide complet des ventouses pour le dos, qui regroupe les protocoles, les zones d’application et les précautions.

Comment intégrer ces résultats dans la pratique ?

Le protocole de l’étude (deux séances sur une semaine, ventouse glissée + scraping sur la zone lombaire) est reproductible en cabinet avec un matériel standard. Voici comment je l’adapte en pratique et en formation :

  1. Préparation : patient en décubitus ventral, exposition de la zone lombaire et sacrée. Application d’une huile de massage sur toute la zone.
  2. Ventouse glissée : pose d’une ventouse en verre avec aspiration modérée, déplacement lent le long des muscles paraspinaux de L1 à S1, cinq à dix minutes par côté.
  3. Scraping : avec un outil arrondi (pierre, corne, céramique), raclage de la zone dans le sens des fibres musculaires, pression modérée, jusqu’à apparition d’une rougeur transitoire (petechiae).
  4. Ventouse fixe : pose de ventouses statiques sur les points d’acupuncture V23 (Shenshu) et V40 (Weizhong) pendant cinq minutes.
  5. Réévaluation : mesure VAS avant et après séance, réévaluation à la deuxième séance.

En formation, j’insiste sur un point : la pression négative ne doit pas être maximale. L’étude de 2024 ne précise pas la pression utilisée, mais les travaux en hémodynamique montrent qu’une pression modérée (-300 mmHg) suffit à augmenter l’oxygénation musculaire sans provoquer de lésion capillaire.

Si vous voulez approfondir les techniques de ventouse sèche, j’ai rédigé un guide complet de la ventouse sèche qui couvre les techniques, les pressions et les indications.

Faut-il arrêter les anti-inflammatoires au profit de la ventouse ?

Non, et l’étude ne le dit pas. Elle montre que la ventouse est une alternative valide, pas qu’elle doit remplacer systématiquement les AINS. La décision appartient au patient et à son médecin. Ce que l’étude démontre, c’est qu’on dispose désormais d’une option non médicamenteuse avec un niveau de preuve respectable.

Franchement, sur le terrain, je vois des patients qui ne supportent pas les AINS (estomac sensible, allergies, interactions médicamenteuses) et qui cherchent une alternative. Pour eux, cette étude est une porte d’entrée. D’autres préfèrent combiner : AINS en phase aiguë, ventouse en relais ou en complément. C’est une question de stratégie thérapeutique, pas de dogme.

Une chose est sûre : les guidelines internationales évoluent. Les recommandations 2017 de l’American College of Physicians placent déjà les approches non pharmacologiques en première ligne pour la lombalgie chronique. L’étude de He et al. apporte une preuve supplémentaire dans ce sens.

Apprendre la ventousothérapie pour le mal de dos

Si cette étude vous intéresse et que vous souhaitez intégrer la ventousothérapie dans votre pratique professionnelle, j’anime une formation complète de 45 heures en visioconférence qui couvre les protocoles de ventouse sèche pour la lombalgie, les trigger points, la décompression myo-fasciale et le drainage lymphatique. On y travaille sur des cas concrets, avec une pédagogie individualisée.

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi consulter mon article sur la ventousothérapie et les douleurs chroniques, qui détaille les mécanismes et les protocoles pour les douleurs persistantes.


Une étude ne fait pas une vérité absolue. Mais quand elle est multicentrique, randomisée, avec un comparateur médicamenteux et un échantillon de 156 patients, elle mérite qu’on s’y arrête. La ventouse n’est pas un remède miracle. C’est un outil, avec ses indications, ses limites et ses preuves. Cette étude en ajoute une, et elle est plutôt solide.

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