Aller au contenu principal
← Douleur & musculo-squelettique

Cervicalgie non spécifique : la ventouse sèche bat la ventouse factice, mais pour quelques heures seulement

Stephens SL, Selkow NM, Hoffman NL ·Journal of Athletic Training, · États-Unis

FavorablePreuve modéréeEssai contrôlé randomiséPose statique

L'étude en bref

Titre original
Dry Cupping Therapy for Improving Nonspecific Neck Pain and Subcutaneous Hemodynamics.
Journal
Journal of Athletic Training, 2020
Population
32 adultes jeunes (22,5 ans en moyenne) avec cervicalgie non spécifique auto-rapportée
Sujets
cervicalgie, cervicalgie non specifique
Accès
Texte intégral en libre accès

En une phrase

Essai contrôlé par sham (n=32, USA) : une ventouse posée 8 minutes sur la zone douloureuse réduit la douleur et augmente l'oxyhémoglobine sous-cutanée. Effet immédiat, nul à 24 h.

Citation : Stephens SL, Selkow NM, Hoffman NL. « Dry Cupping Therapy for Improving Nonspecific Neck Pain and Subcutaneous Hemodynamics. » Journal of Athletic Training, 2020. Lire l’original · DOI : 10.4085/1062-6050-236-19

Ce que l’étude a cherché à savoir

La cervicalgie non spécifique, ce mal de cou sans lésion identifiée, est un des motifs les plus fréquents de recours aux ventouses. Reste que le discours habituel, « la ventouse fait affluer le sang », reposait surtout sur des observations de praticiens, pas sur des mesures instrumentées.

L’équipe de Noelle Selkow à l’Illinois State University travaille depuis plusieurs années à objectiver ce qui se passe sous la peau pendant une aspiration. Leur question tenait en deux volets : la ventouse sèche diminue-t-elle la douleur davantage qu’une ventouse factice, et modifie-t-elle réellement la circulation sanguine sous-cutanée ? Le deuxième volet est le plus intéressant. La plupart des essais se contentent d’une échelle de douleur ; ici, la microcirculation est mesurée.

Comment ils s’y sont pris

Étude contrôlée de laboratoire. Trente-deux adultes jeunes, 22,5 ans en moyenne, avec une cervicalgie non spécifique auto-rapportée, répartis en trois groupes. Le groupe ventouse recevait une seule ventouse fixe, posée directement sur la zone la plus douloureuse, pendant huit minutes. Le groupe sham suivait exactement la même procédure avec une ventouse factice. Le groupe contrôle n’avait aucun traitement.

La douleur était cotée sur échelle visuelle analogique, le seuil de douleur à la pression mesuré à l’algomètre. La partie originale du dispositif : un capteur de spectroscopie proche infrarouge (NIRS) mesurant l’oxyhémoglobine, la désoxyhémoglobine et l’hémoglobine totale à deux profondeurs sous-cutanées, plus l’index de saturation tissulaire. Trois temps de mesure : avant l’intervention, juste après, puis à 24 heures.

Ce qu’ils ont trouvé

Juste après la séance, plusieurs variables diffèrent de la baseline avec des p-values inférieures ou égales à 0,002 : le score de douleur EVA, l’oxyhémoglobine superficielle et profonde, l’hémoglobine totale aux deux profondeurs.

Les comparaisons entre groupes sont nettes (p ≤ 0,008). Le groupe ventouse rapporte moins de douleur que le groupe sham et que le groupe contrôle : la vraie aspiration fait mieux que le placebo mécanique. Même constat sur l’hémodynamique, avec des taux d’oxyhémoglobine et d’hémoglobine totale plus élevés sous ventouse réelle, en superficie comme en profondeur.

Le seuil de douleur à la pression et l’index de saturation tissulaire ne figurent pas parmi les résultats significatifs du résumé. Et surtout : à 24 heures, aucune différence avec la baseline n’est retrouvée. L’effet existe, il est mesurable, il ne dure pas.

Les limites de cette étude

Trente-deux jeunes adultes avec une douleur de cou auto-rapportée, sans évaluation clinique formelle : ce n’est pas la population typique du cabinet, plutôt des étudiants avec une gêne modérée. Une seule séance, une seule ventouse, huit minutes de pose : le protocole teste l’effet d’un geste isolé, pas un plan de soins.

L’aveugle a aussi ses limites. Une ventouse factice reproduit le contact sur la peau, pas la sensation d’aspiration ; un participant attentif peut deviner son groupe. Enfin, le résumé ne donne pas les valeurs brutes des échelles ni la taille exacte des écarts : cette fiche repose sur les données de l’abstract.

Verdict : favorable, preuve modérée

Un essai contrôlé par sham, instrumenté en NIRS, où la ventouse réelle bat le placebo sur la douleur et sur des paramètres hémodynamiques objectifs : favorable. Le bémol est net, tout s’éteint en 24 heures. Le design est solide mais l’échantillon est petit et l’effet transitoire : preuve modérée, en cohérence avec la méta-analyse de Kim sur la cervicalgie.

Mon regard de terrain (Ludovic Dumay)

Ce que je retiens d’abord : la vraie ventouse bat le sham. En formation, la question « est-ce que ce n’est que l’effet du contact ? » revient sans cesse, et cet essai apporte un élément de réponse propre. Huit minutes de pose sur le point le plus douloureux, c’est proche de ce que je pratique sur une cervicalgie. L’augmentation mesurée de l’oxyhémoglobine sous la ventouse conforte ce que je décris aux élèves : la dépression crée un afflux local réel, pas une image. La disparition de l’effet à 24 heures ne m’étonne pas, personne ne traite une cervicalgie en une séance de huit minutes. Cette étude photographie un instantané, pas une prise en charge.

Pour aller plus loin


La ventousothérapie est une pratique de bien-être complémentaire : elle ne se substitue pas à un avis médical. Cette fiche résume une étude scientifique ; elle ne constitue pas une recommandation de traitement.

Vous souhaitez apprendre la ventousothérapie ?

Formation 45h en visioconférence, 11 référentiels, cours particuliers.

S'inscrire à la formation