Au Brésil, les kinés utilisent massivement la ventouse, faute de preuves ou pas
Rios WRC, Almeida Silva HJ, Pontes NS et al. ·Musculoskeletal Science and Practice, · Brésil
L'étude en bref
- Titre original
- Use of cupping therapy in musculoskeletal disorders: A cross-sectional study on the profile, training, and practice of Brazilian physical therapists
- Journal
- Musculoskeletal Science and Practice, 2024
- Population
- 646 kinésithérapeutes brésiliens utilisant la ventouse
- Sujets
- troubles-musculosquelettiques
- Source
- PubMed 38520876 · DOI
En une phrase
Enquête auprès de 646 kinésithérapeutes brésiliens : la ventouse s'est diffusée par la demande des patients et le terrain, le manque de preuves reste la première barrière citée.
Citation : Rios WRC, Almeida Silva HJ, Pontes NS, et al. « Use of cupping therapy in musculoskeletal disorders: A cross-sectional study on the profile, training, and practice of Brazilian physical therapists. » Musculoskeletal Science and Practice, 2024. Lire l’original · DOI : 10.1016/j.msksp.2024.102943
Ce que l’étude a cherché à savoir
La ventouse s’est répandue dans la kinésithérapie brésilienne sans attendre le feu vert de la littérature. Qui l’utilise, comment ils se sont formés, et ce qui freine encore l’adoption : voilà ce qu’une équipe de chercheurs brésiliens a voulu cartographier.
Un questionnaire en ligne diffusé aux praticiens a rassemblé 646 réponses exploitables.
Comment ils s’y sont pris
Étude transversale par questionnaire en ligne, ciblant les kinésithérapeutes qui utilisent la ventouse dans les troubles musculosquelettiques. Profil socioprofessionnel, formation, habitudes de pratique, mise à jour scientifique : tout passé en analyse descriptive. Pas de mesure d’efficacité, uniquement une photographie du terrain.
Ce qu’ils ont trouvé
Le portrait-robot : jeunes diplômées d’universités privées, majoritairement des femmes, qui ont adopté la ventouse tôt. Le moteur d’adoption numéro un n’est pas la littérature mais la demande des patients. La technique est quasiment toujours combinée à d’autres approches manuelles. Ce qui la rend attractive aux yeux des praticiens : accès facile, coût faible, simplicité d’emploi.
Et la barrière principale citée, sans surprise : le manque de preuves scientifiques de qualité. Les auteurs notent que ces kinés pratiquent sur la base de leur expérience et des préférences des patients, délaissant le troisième pilier de l’evidence-based practice, les meilleures données disponibles.
Les limites de cette étude
Un échantillon auto-sélectionné de praticiens déjà utilisateurs : l’étude photographie les convaincus, pas la profession entière. Aucune donnée sur les non-utilisateurs ni sur les raisons de ne pas pratiquer. Et « manque de preuves » cité comme barrière par des praticiens qui l’utilisent quand même : le questionnaire ne mesure pas ce paradoxe finement.
Verdict : mitigé, preuve modérée
Enquête d’usage, pas d’efficacité : la ventouse s’est diffusée au Brésil par la demande et la praticité, devant la science. Mitigé au sens où elle documente une adoption réelle mais aussi le déficit de formation fondée sur les preuves qui l’accompagne.
Mon regard de terrain (Ludovic Dumay)
Ce papier décrit exactement ce que j’observe en France, avec vingt ans de retard ou d’avance selon le sens où on regarde. La demande des clients tire la technique, les praticiens suivent, et la formation sérieuse arrive après. Le point qui me saute aux yeux : ces kinés utilisent la ventouse mais citent eux-mêmes le manque de preuves comme barrière. C’est là qu’une formation solide change la donne : savoir ce que dit la littérature, y compris quand elle est fragile, c’est précisément ce qui sépare le praticien informé du poseur de ventouses.
Pour aller plus loin
- Ventouse et kinésithérapie : la vacuothérapie : le point de rencontre des deux métiers
- La ventouse sèche dans la littérature : ce que dit la revue de fond
- Pourquoi se former en ventousothérapie : les débouchés en 2026
La ventousothérapie est une pratique de bien-être complémentaire : elle ne se substitue pas à un avis médical. Cette fiche résume une étude scientifique ; elle ne constitue pas une recommandation de traitement.
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