Turquie : cicatrices de ventouse et instruments réutilisés chez les praticiens non licenciés
Bostan S, Yesildag AY, Sevim F ·European Journal of Public Health, · Turquie
L'étude en bref
- Titre original
- Regulating practice at the margins: Türkiye's sequential policy response to unlicensed traditional, complementary, and independent health service provision, 2025-26
- Journal
- European Journal of Public Health, 2026
- Population
- 58 prestataires de médecines complémentaires interrogés en Turquie
- Sujets
- effets-indesirables
- Source
- PubMed 42613101 · DOI
En une phrase
Analyse de politique publique turque : la demande de médecines complémentaires a migré vers le non-licencié, avec des cas de cicatrices de ventouse et d'instruments réutilisés.
Citation : Bostan S, Yesildag AY, Sevim F. « Regulating practice at the margins: Türkiye’s sequential policy response to unlicensed traditional, complementary, and independent health service provision, 2025-26. » European Journal of Public Health, 2026. Lire l’original · DOI : 10.1093/eurpub/ckag150
Ce que l’étude a cherché à savoir
En Turquie, seuls les médecins peuvent légalement pratiquer les médecines complémentaires depuis 2014. Mais la demande, rapportée par 15 à 60 % des patients selon les sources, dépasse largement cette offre. Que se passe-t-il quand la loi ferme la porte sans créer de sortie ? Une équipe de santé publique a documenté la migration vers les praticiens non licenciés, et les dégâts rapportés.
Comment ils s’y sont pris
Cinquante-huit prestataires de médecines complémentaires interrogés dans les sept régions de Turquie, juste avant les réformes de 2025-2026. L’analyse décrit ensuite la réponse séquentielle du ministère : unités de santé professionnelles licenciées en mars 2025, tisanes médicinales réservées aux pharmacies en juillet 2026, centres de bien-être licenciés encadrant les pratiques comme services explicitement non curatifs le même mois.
Ce qu’ils ont trouvé
Les praticiens eux-mêmes rapportent les dérives : cicatrices de ventouse mal posée, instruments non stériles réutilisés entre clients, jusqu’à une sangsue partagée entre plusieurs personnes, et des décès liés au gaz sulfurique thermal. Le système d’inspection est réactif, il ne bouge que sur plainte.
La réponse politique choisie n’est ni la répression ni la dérégulation : c’est l’ouverture de canaux licenciés et traçables. Les auteurs notent le paradoxe : les médecins détiennent le monopole légal mais la grille de paiement décourage la pratique (une séance de 30 minutes vaut autant qu’un renouvellement d’ordonnance de 2 minutes), donc l’offre licenciée ne suit pas la demande.
Les limites de cette étude
Analyse de politique publique, pas évaluation d’impact : les réformes datent de quelques mois. Les dégâts sont rapportés par les prestataires eux-mêmes, sans vérification systématique. La ventouse n’est qu’un des éléments du paysage, aux côtés des sangsues et des bains de soufre. Et le cas turc, où seuls les médecins peuvent pratiquer, est très différent du cadre français où la ventouse non médicale existe dans la zone du bien-être.
Verdict : mitigé, preuve préliminaire
Pour la sécurité de la ventouse, la leçon est ailleurs que dans la technique : c’est l’absence de cadre qui produit les accidents, pas la ventouse en soi. Mitigé parce que document de politique, mais précieux pour comprendre que l’encadrement protège le public mieux que l’interdiction.
Mon regard de terrain (Ludovic Dumay)
Ce que décrit cet article, c’est exactement pourquoi je forme à l’hygiène autant qu’à la technique : une ventouse mal posée peut marquer durablement, et des instruments partagés ou mal désinfectés peuvent transmettre. En France, le cadre est différent de la Turquie, mais le principe tient : la sécurité passe par la formation et le protocole, pas par la prohibition. Quand je lis « cicatrices de ventouse », je pense aux durées excessives et aux peaux fragiles qu’on apprend à repérer. C’est pour ça que je refuse la ventouse à feu dans mon enseignement : le geste demande trop de maîtrise pour être sûr en début de pratique.
Pour aller plus loin
- Pratiques d’hygiène des hijama au Qatar : la moitié des praticiens non conformes
- Endocardite après auto-ventouse non désinfectée : le risque d’infection documenté
La ventousothérapie est une pratique de bien-être complémentaire : elle ne se substitue pas à un avis médical. Cette fiche résume une étude scientifique ; elle ne constitue pas une recommandation de traitement.
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